Lisbeth Buonanno styliste et créatrice de costumes

Un autre regard sur Lisbeth Buonanno

Grâce à la préservation de nombreux métiers de tradition dans le domaine des textiles, dentelles et passementeries précieux et par son talent de styliste et artiste peintre, Lisbeth Buonanno a su faire revivre des fastes oubliés de la haute époque baroque à travers des inventions vestimentaires directement inspirés de l'époque du XVIIème siècle français.
Ces vêtements, qu'on ne peut s'empêcher d'appeler costumes aujourd'hui, alors qu'ils étaient des instruments d'apparat plus ou moins quotidiens dans les cours royales et les cercles de la noblesse, nous proposent un plaisir immédiat inhabituel et un voyage à travers le temps.

 

Lorsque nous analysons notre propre époque, la mode ressemble à un kaléidoscope de tendances avec un éclatement des styles en une multitude de communautarismes vestimentaires. Les codes varient du strict international aux extrêmes de type presque tribal et finissent par souvent se mélanger. Là où nous avions des mondes résolument séparés entre noblesse et reste du peuple, aujourd'hui le culte des apparences s'est démocratisé et par le jeu de l'industrialisation de la mode et la mondialisation du marketing des marques tout un chacun peut se singulariser. Le voyant et le reconnu ne sont plus l'apanage d'un très petit nombre. La griffe et les mots y sont pour beaucoup, car c'est le coup d'œil qui compte et non la profondeur historique. L'apparence n'a jamais été autant flattée à bon compte.

L'examen proche fait évidemment toute la différence et la nature du matériau de base aussi. C'est alors que le luxe redevient le retour aux racines, à l'histoire, à l'authentique et à l'extrême personnalisation, à partir d'éléments à vérité historique.
Lorsque l'on s'intéresse de près au métier technique qui permet la naissance de ces précieuses et complexes étoffes, l'on réalise qu'il y a des siècles de savoir faire et que malgré toutes les révolutions, la somptuosité des étoffes n'a pas d'époque.
Dans le cinéma d'Hollywood, une princesse, même galactique, reste vêtue comme une princesse, quelque soit le métissage artistique qui aura irrigué l'imagination du créateur de ses atours.

Ses créations deviennent alors une vitrine et un faire valoir mobile d'objets difficiles et coûteux à déplacer et à mettre en scène de façon intéressante. En effet, redonner vie à ces amas de soieries requiert tout le métier du créateur d'ambiance et de mise en scène qui va capter l'essence de cette scène en la sculptant de la lumière de ses projecteurs.

De par ses créations sculpturales, Lisbeth Buonanno est au-delà du « bespoke » de Saville Road car elle ne fait même pas du sur-mesure, elle crée de l'outre-baroque. On est bien au-delà d'un simple stylisme justement du fait de l'exubérance et la surcharge.
On ne peut même pas dire que la coupe et le tissu auront été « already be spoken » puisque dans chaque cas, le modèle est totalement unique et se suffit à lui-même comme œuvre. Il ne cherche pas à être porté et à obéir aux contraintes du genre.

De client il n'y en a point d'autre que le public qui va venir contempler ces monuments de gratuité jouissive. Le pur plaisir de la passementerie et de la dentelle, de la fourrure et des velours où tous les tons se combinent dans une peinture d'une extrême préciosité. Une préciosité telle que l'on tend vers le joyau dont les pierres d'ornement sont les visages et les mains exquises des êtres de chairs dont on finit à peine par se souvenir et qui leur donnent pourtant vie.
Par le jeu de son imagination et de ses outrances stylistiques, la rhingrave traditionnelle le Lisbeth Buonanno devient un délire lyrique et ironique. Le col de fourrure devient bonnet de cosaque mâtiné de casque de grenadier de la reine d'Angleterre, la jupe à franges d'argent oscille entre le kilt futuriste et la parure de rock star, les dentelles déferlent et les crucifix pendent au bout de rosaires désacralisés façon Madonna.

Je vois à travers ses créations une forme de résurgence du baroque à l'époque contemporaine.
Elles naissentt dans un contexte français. Dans notre pays, sorte de monarchie républicaine à bien des égards, la valorisation du patrimoine et des traditions artistiques est un axe toujours porteur. Depuis Colbert, les grandes industries ont subi bien des vicissitudes, mais le domaine du luxe se maintient avec un brio certain. Il reste reconnu et envié internationalement. Ce monde, malgré les difficultés liées à la conjoncture économique toujours difficile, conserve son dynamisme en se proposant comme le champion mondial de la préservation d'une identité patrimoniale en France, mais aussi dans d'autres pays où certaines industries traditionnelles se sont maintenues.
La démarche des Hénokiens est une excellente illustration de ce mouvement de préservation et de valorisation des entreprises purement familiales et plus que bicentenaires. Ce club très exclusif, fondé en 1981, ne compte à ce jour que 39 membres, qui cumulent à eux tous plus de 135 siècles d'existence.
Lisbeth Buonanno a travaillé avec de nombreux sponsors qui ont accepté de soutenir son initiative. Parmi eux, par exemple, le fabricant de soieries Jean Roze, Hénokien, qui exerce son savoir-faire depuis 1756 en France. Tradition et modernité peuvent s'associer comme par exemple la maison ROZE a pu fournir les soieries du film « Marie-Antoinette» de Sophia Coppola.
L'art de Lisbeth surprend et séduit car il dépasse les catégorisations. Partant d'un travail de peintre coloriste elle devient metteur en scène de rêves de fastes jamais totalement oubliés dans la France du XXIème siècle, pays paradoxal de la modernité technologique de l'A380 ou du TGV et de la survivance des savoir-faire anciens. Elle donne vie à ses fantasmes de costumes baroques en construisant de véritables odes colorées de tissus dentelles et passementeries qui surgissent soudain sous nos yeux et tels des feux d'artifice explosent en cascades de matériaux précieux. Amoureuse de la musique Lisbeth Buonanno propose une théâtralisation digne d'un opéra dont chacun serait libre d'imaginer les paroles.

C'est de la rencontre entre Lisbeth Buonanno et le photographe de mode Frédéric Germont  que va véritablement naitre l'œuvre. En effet le talent du photographe est d'insuffler vie à ces pesantes sculptures de tissu qui une fois qu'elles sont habitées par des corps de femmes deviennent une véritable scène lyrique. C'est tout le métier de la mise en lumière et de la direction des mannequins acquise dans la presse mode qui va lui permettre de faire ressortir la contemporanéité de ces costumes fastueux d'une époque qu'on pourrait croire totalement révolue. Le projet conjoint du photographe et de la styliste consiste à faire contraster l'opulence de ces vêtements avec un contexte industriel plutôt postmoderne. La beauté des costumes et des mannequins jouant en contrepoint radieux par rapport au côté industriel éventuellement délabré du contexte.
(...) La légèreté doit s'imposer pour que l'œil puisse apprécier la munificence du spectacle et laisser son imagination s'envoler.

Bernard de Labareyre

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